ET SI ON LAISSAIT NOS TROUPES SOUFFLER UN PEU…
Dans sa dernière livraison (
n° 259), le magazine Raids propose une nouvelle rubrique judicieusement intitulée « En direct des t

héâtres d’opérations » et qui recense une partie des activités de l’armée française à l’étranger. On y trouve également une carte fort instructive légendée du nombre de militaires tricolores actuellement en Opex (soit 10 600 personnels sans compter les 35 000 autres en forces prépositionnées). Ces chiffres, et ce qu’ils impliquent, font réfléchir d’autant plus qu’ils ne comprennent pas les hommes destinés à être prochainement déployés au Darfour au terme de la
résolution 1769 du Conseil de Sécurité de l’Onu et qui prévoit la mise en place d’une force multinationale de 26 000 soldats d’ici à la fin de l’année. Bernard Kouchner a déjà
annoncé que la France y prendrait sa part.
La question est : en l’état actuel des choses, ce prochain déploiement d’une fraction forcément non négligeable de nos forces dans cette partie du monde est il judicieux ?
Bien sur, et comme d’habitude, la réponse ne saurait être unilatérale et définitive, les arguments pour et contre ayant chacun leurs pertinences. Mais nous sommes, dans le contexte français actuel, à l’heure des choix, budgétaires mais aussi doctrinaux, avec la rédaction en cours du prochain Livre Blanc, et certaines des options qui seront prises courant 2008, nous avons été suffisamment avertis à ce sujet, seront certainement douloureuses à assumer et engendreront probablement plus de migraines que de soupirs de contentement. Dés lors, on est en droit de s’interroger sur la pertinence d’une nouvelle implication militaire dans un conflit supplémentaire lors même que nos troupes ont déjà fort à faire ailleurs…
Mais tachons d’examiner posément quelques uns des arguments qui militent en faveur de cette intervention avant de parler des craintes légitimes que ce déploiement peut susciter.
1. La nécessité d’intervenir au Darfour : une décision à la fois humanitaire et un signe politique fort.
Les partisans inconditionnels de cette nouvelle aventure alignent des arguments assez convaincants sur la forme et que, schématiquement, on peut organiser autour de deux axes : l’un qui fait la part belle à l’humanitaire et l’autre se voulant plus politique et mêlant volonté multilatéraliste, tentative pour sécuriser une région hautement explosive, affaiblissement espéré d’un régime douteux et complaisant avec le terrorisme et l’expression concrète du nouveau droit international basé sur le principe de
la Responsabilité de Protéger. Examinons les plus en détails.
- A l’évocation du Darfour,
l’aspect humanitaire est celui qui revient le plus souvent dans l’esprit du public, traumatisé par les images atroces des violences commises par les milices pro-Khartoum et mobilisé par les nombreux Comités Darfour ou autres appels de stars médiatiques. La réalité des massacres ne fait aucun doute : on estime le nombre de victimes entre 200 000 et 400 000 (dont les 4/5 seraient morts de faim, de maladie ou d’épuisement) et les réfugiés seraient 2 millions
<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]-->. Sachant que ce conflit dure, officiellement, depuis 2003 (il est en réalité plus ancien
<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]-->), que les forces de l’Union Africaine déployée sur place ont été réduites à l’impuissance et que ce sont les civils qui sont touchés par des exactions particulièrement barbares et dont la nature même (pratique systématique de la terre brulée) rend toute possibilité de réimplantation problématique à long terme, il est normal que l’opinion occidentale, informée voire orientée par de puissants relais médiatiques, fasse pression sur leurs gouvernements pour faire cesser les massacres. Et puis, pense le brave citoyen horrifié devant sa télévision, il ne s’agit, somme toute, que de quelques sauvages à cheval qu’il s’agira de chasser pour sécuriser la région et permettre le passage des humanitaires qui, comme par magie, régleront la question.
Cette vision hautement émotive, pour louable qu’elle soit dans les intentions qu’elle suppose, mérite d’être relativisée ou, à tout le moins, enrichie par quelques données concrètes sur lesquelles les thuriféraires de l’interventionnisme occidental à tout crin (ce nouveau « devoir de l’homme blanc » du 21éme siècle) qui influencent l’opinion publique font soigneusement l’impasse.
D’une part, l’humanitaire, s’il peut soulager temporairement les souffrances des populations, ne peut pas tout à lui seul. Il a besoin, pour donner toute sa mesure, de la neutralité bienveillante des autorités étatiques, si elles existent là où il souhaite intervenir. Or, pour ce qui est du Soudan, le moins qu’on puisse dire c’est que le gouvernement de Khartoum ne voit pas d’un œil très favorable les activités des ONG.
Donc, et c’est l’autre point d’achoppement, il n’y a qu’à envoyer des troupes pour sécuriser un corridor et permettre l’acheminement de l’aide, a proposé un comité particulièrement actif. Cette demande, dictée par une certaine inconscience voire par des considérations plus politiques qu’humanitaires, a été fermement condamnée comme irresponsable, tant par
Médecins du Monde que par
Médecins sans Frontières, et ce avec des arguments convaincants.
En résumé, pour venir en aide aux réfugiés de la guerre, il aurait fallu déclarer une nouvelle guerre. Le chemin qui mène vers l’Enfer est souvent pavé de bonnes intentions…
En l’occurrence, la résolution onusienne permet d’éviter cette dangereuse option tout en ouvrant sur de nouvelles incertitudes.
- Mais les partisans d’une implication des armées occidentales au Darfour ne sont pas tous et uniquement mus par des considérations humanitaires. Le politique, comme toujours, y tient une place non négligeable et ce pour différentes raisons : la crainte d’une contagion de l’insécurité aux pays limitrophes (Tchad et RDC notamment) et qu’une présence militaire pourrait enrayer ; la volonté d’exercer pleinement et dans les faits un multilatéralisme surtout verbal en créant une force internationale où les Africains auraient la part belle ; la possibilité, en cas de réussite et du « sauvetage » des populations et groupes armés hostiles au régime de Khartoum, d’affaiblir ce dernier.
Enfin, certains voudraient voir, par cette occasion, s’affirmer concrètement un principe nouveau, reconnu par le Conseil de sécurité en 2006 (
Résolution 1674) : « la responsabilité de protéger ». Concrètement, il s’agit d’affirmer que la responsabilité d’un Etat est de protéger ses citoyens lorsqu’ils sont victimes de graves violations du droit international. S’il se dérobe à ce principe, volontairement ou par faiblesse, la communauté internationale s’arroge la possibilité de passer outre la souveraineté étatique, y compris par une intervention militaire non consensuelle (mais décidée par le Conseil de Sécurité), afin de rétablir les droits ainsi bafoués.
Bien entendu, cette dernière occurrence n’est pas neutre et certains voient dans le Darfour un champ d’expérimentation pour cette nouvelle « norme » internationale.
2. Des grands principes au principe de réalité :
Bref, tout ceci est bel et bon et semble frappé du sceau du bon sens, de la morale et du respect du droit. Du reste, qui n’est pas affligé par le drame du Darfour ? Qui est favorable, par principe, à ce que des gouvernements puissent violer impunément les doits humains les plus fondamentaux ? Le problème ne réside pas tant dans la théorie (et encore…) que dans la mise en pratique de cette dernière.
En d’autres termes : avons-nous les moyens de mettre nos actions en adéquation avec nos paroles ? Encore plus précisément : les pouvoirs publics, qui énoncent ces principes, ont-ils la sagesse de forger en même temps l’outil qui leur permettra de les faire respecter ?
Pour ce qui est de la situation présente, force est de constater que non :
- Entre les nations militairement puissantes mais qui n’ont, pour des raisons diverses et variées, aucune envie de s’impliquer dans ce conflit (la Russie, la Chine et, moins puissants mais encore plus hostiles, les pays arabes) ; celles à qui on force plus ou moins la main pour qu’elles envoient des troupes alors que, dans leurs propres contrées, la réalité n’est déjà pas toute rose (les pays africains) ; celle qui est la plus puissante mais qui est déjà bien occupée ailleurs (les USA) et celles qui se gargarisent de grands mots mais amputent toujours plus largement leurs budgets militaires tout en étirant leurs forces à l’extrême en les envoyant remplir des missions extrêmement difficiles aux quatre coins du monde (l’Europe), on réalise rapidement que les belles paroles sont de peu de poids face au mur de la Réalité.
- Sans compter qu’une intervention au Soudan ne se présente pas vraiment sous les meilleurs auspices. Du reste, pour reprendre la terminologie officielle, il s’agira plus, dans le cas présent, d’une mission de stabilisation que d’une intervention (qui est le préalable à la stabilisation et suppose une entrée en force, brève mais violente, dans un territoire hostile) proprement dite. Par définition, ces missions sont extrêmement complexes, aléatoires, toujours très longues et coûteuses, même lorsque les circonstances objectives ne sont pas trop défavorables.
Dans le cas précis, il s’agira, avec seulement (et dans le meilleur des cas !) 26 000 hommes venus de nations très disparates dans leurs intentions, leurs motivations, leurs équipements et leurs doctrines, d’investir et de sécuriser un territoire grand comme la France métropolitaine, quasi totalement dépourvu de ressources du fait de la géographie particulière des lieux et de la politique de terre brûlée consécutive à la guerre, sans infrastructures modernes, loin de la mer (et donc du ravitaillement et du soutien que la puissance navale est susceptible d’apporter de manière décisive à toute force terrestre en déploiement loin de chez elle), désertique, accablé par un climat particulièrement rude, le tout en subissant l’hostilité du gouvernement en place et de ses alliés, sans même parler des différents groupes armés qui s’affrontent dans la contrée ou des dizaines de milliers de réfugiés à prendre en compte.
Haut les cœurs !
3. Pour la France : l’OPEX de trop ?
Revenons en au cas de la France et osons poser crûment la question : est il sage d’ouvrir dés à présent ce nouveau front et d’y jeter des milliers d’hommes dans les circonstances actuelles ? Voyons cela en commençant par les motivations égoïstes (après tout, ne dit on pas cyniquement que les nations ont d’abord des intérêts avant d’avoir des amis ?) :
- Le conflit au Darfour représente-t-il, à court, moyen ou long terme, un danger pour nos intérêts stratégiques vitaux ? A l’évidence, non.
- L’un de nos alliés essentiels est il lui même menacé par ce conflit, ce qui nous obligerait à intervenir pour préserver (indirectement) nos intérêts ? Excepté le risque de contagion de la rébellion qui ennuie notre ami tchadien, et dont 1500 soldats et quelques avions s’occupent déjà, ce qui est d’ailleurs
contestable et contesté, force est de reconnaître que non.
- Le Soudan, et plus précisément son gouvernement, représentent ils des menaces pour nous ? Plus ou moins dans le sens où il s’agit d’un régime islamiste qui a volontiers
collaboré avec des terroristes dans le passé. Mais comme, de toute façon, le propos de cette opération n’est nullement de renverser les fondamentalistes qui règnent à Khartoum (les chinois, qui exportent 65% du pétrole local, y ont veillé), la question ne se pose pas.
Bref, pas d’intérêts vitaux en jeu. Voyons maintenant les intérêts accessoires :
- Nos militaires s’ennuient ils dans leurs casernes au point que leur inaction soit devenu inquiétante et nécessite de leur offrir un nouveau théâtre d’opérations où ils pourront longuement villégiaturer, loin de la métropole ? Pas vraiment.
- Avons-nous pléthore de matériels neufs qui rouillent dans des hangars et qu’il faut de toute urgence utiliser sous peine de les voir s’user avant que d’avoir servis ? Non.
- Brûlons nous de déployer quelques merveilles technologiques qui brilleront dans ces contrées et pourront en revenir estampillées « combat proven », ce qui ne pourra avoir que des effets positifs à l’exportation ? Je peux me tromper mais j’aurai tendance à dire non là aussi.
- Enfin, peut-être nos industriels attendent ils fébrilement, bons de livraison en main, chaînes de production prêtes à ronfler à pleine vitesse, de remplacer les engins utilisés là bas ? En d’autres termes, cette opération dopera-t-elle le complexe militaro-industriel grâce à un afflux de commandes nouvelles ? Vu l’avarice de l’Etat en ce moment, on peut en douter.
Bref, aucun intérêt, pas l’ombre d’un à part, bien sur, la grandiose certitude d’avoir agi pour le bien de l’humanité et le respect du Droit international. Ce n’est pas rien mais, en l’occurrence, cela semble assez peu au vu du prix à payer en termes de coûts financiers, humains et même politique.
CONCLUSION :
Et si on finissait déjà ce qu’on a commencé et qu’on se dotait enfin d’un outil militaire à la hauteur des ambitions politiques affichées ?
Qu’on me comprenne bien : je ne conteste nullement l’horreur des massacres qui se sont déroulées et se déroulent encore dans cette malheureuse région du monde, tout comme je sais bien que l’avenir de nos forces militaires se trouvent plus dans la projection extérieure que dans la garde statique de frontières nationales enfin sécurisées. La France, de par sa position dans le concert des nations, a un devoir vis-à-vis de la sécurité internationale et elle doit assumer cette charge que l’histoire et sa prospérité lui donne.
Nos forces armées, du reste, sont lourdement impliquées de par le monde dans des missions de stabilisation complexes et usantes, tâches dont elles s’acquittent avec une compétence reconnue par tous. J’ai, dans ces pages, déjà eu l’occasion de rapporter quelques uns des faits d’armes qui ont donné à nos soldats une crédibilité et un poids dans la nouvelle donne militaire que nul ne songerait à leur dénier :
Cote d’Ivoire, ex-Yougoslavie, Kosovo,
Liban, Afghanistan. Partout où « ça chauffe » on voit bien souvent l’écusson bleu blanc rouge orner le treillis des femmes et des hommes qui sont là pour ramener le calme.
Non seulement dans l’action, mais même dans la réflexion, notre pays est à la pointe puisque sa pensée doctrinale est l’une des plus originales et des plus réactives de par le monde, ajustant, analysant, théorisant les conflits futurs pour mieux y préparer les chefs et limiter les pertes, dans nos rangs comme parmi les populations où nous intervenons.
Mais il y a un moment où il faut savoir dire stop et s’arrêter pour souffler un peu, regarder avec lucidité quels sont nos moyens et s’il ne serait pas temps de mettre l’outil, quantitativement (par le nombre de personnels et de matériels effectivement disponible et en bon état de marche) et qualitativement (par la formation et des équipements adaptés), au niveau des ambitions politiques affichées.
Vous pouvez toujours, en société, affirmer sur tous les tons que vous allez battre le record du monde de vitesse sur circuit, vous serez plus crédible et surtout moins embêté le jour venu si vous avez une Ferrari au garage à la place de votre bon vieux break Peugeot… Utile, sympa mais inadapté en l’occurrence.
Que les politiques aient des ambitions grandioses et les missions afférentes pour les forces qui sont sous leurs ordres, c’est normal et même plutôt positif. Le problème devient plus épineux lorsque ces mêmes décideurs dénient à ceux qu’ils envoient au loin les moyens de mettre en œuvre toutes ces belles promesses avec, car c’est d’opérations armées dont nous parlons, le risque inacceptable que certains y perdent la vie, non par fatalité ou le sort des armes, mais par la maladresse et l’incompétence de ceux qui les y ont expédiés.
Eisenhower aurait dit : « les amateurs parlent tactique ; les professionnels parlent logistique ». C’est le devoir suprême du politique que de forger, d’entraîner puis de soutenir les troupes qu’il se propose de déployer au combat. Sa profession à lui, le décideur, c’est la logistique globale, stratégique, qui fait qu’une armée peut exister et agir loin du sol national.
L’amateur dit : il faut aller au Darfour !
Le professionnel lui répond : à vos ordres mais avec quoi ?
<!--[if !supportFootnotes]-->
<!--[endif]-->
<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> Les chiffres cités ici sont tirés de l’excellent
article de Noémie Blaise publié dans les Cahiers du RMES et qui s’intitule « Running Darfour : enjeux du conflit et réactions de la communauté internationale ». Bien qu’ayant été écrit (peu) avant le vote de la résolution 1769, ce texte garde toute sa pertinence, notamment pour bien comprendre les tenants internes du conflit ainsi que la vision des différents acteurs majeurs de la planète sur cette région. A lire donc.
Car que pourrons vraiment faire 20 000 soldats au Darfour alors que le Soudan ne veut pas d'eux.Il faudra un mandat solide avec les conditions d'engagements flexibles, connaissant l'ONU ce ne sera pas evident.
Une fois deployés, que faire?Proteger d'accord, mais pour combien de temps?
Autant de question auquel personne ne nous repond.
Se qui se passe est dramatique mais peut être faut-il comprendre que le temps ou "l'occident" faisais la police au quatre coin du globe est revolu.
Ce type d'intervention est aujourd'huis très mal percus par le reste du monde.Si au moins les grandes democraties non-occidental comme le Japon ou l'Inde soutenais l'effort diplomatiquement...mais ce n'est même pas le cas.
Tout d'abord, je vous remercie pour le lien que vous m'avez donné dans un commentaire récent.
Concernant votre article ci-dessus, il me semble (c'est à dire que j'en suis certain) que vous oublié une raison majeure pour que nos soldats interviennent au Darfour et qui concerne un contrat de 500 000 baril/jour pour Total que les Chinois, qui arment Khartoum, nous contestent tout naturellement.
Conclusion : envoyer nos soldats au Darfour, c'est s'affronter indirectement aux Chinois. Vu qu'ils nous achètent des Airbus, mieux vaut maquiller notre intervention militaire de soutien à Total en mission humanitaire.
Patatrac, voilà qu'on nous balance l'affaire de l'Arche de Zoé... C'est vraiment pas de chance !!! Mais qui peut donc bien nous en vouloir à ce point ????
Pas simple du tout, tout ça...
Très amicalement
Voici un lien que je vous invite à aller voir et qui concerne votre article :
http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-13495-145-7-soudan-voie-rebellion-interviec-abdul-wahid-al-nour-alexandre-del-valle.html
Il illustre mon commentaire précédent sur les motivations de la France au Darfour, le rôle que l'on fait jouer à l'humanitaire pour légitimer l'envoie de forces militaires françaises et onusiennes pour couvrir des intérêts pétroliers français dont Bernard Kouchner ne parle évidemment jamais.
A noter que le retard d’intervention des forces de l’ONU à pour but de permettre aux troupes françaises, indépendantes des forces onusiennes, de prendre position sur les sites de Total.
Du point de vue militaire et en clair, il s'agit d'armer quelques tribus de rebelles pour dégager le terrain à Total (qui n'est évidemment pas cité dans l'article sinon sous le mot "communauté internationale")
Cette mission « hautement humanitaire » à la Bernard Kouchner est-elle à la hauteur du rôle de défenseur des droits de l’homme que la France prétend incarner dans le monde ?
Voilà, de mon point de vue naturellement et je ne suis pas expert en la matière, ce qu’est réellement une OPEX.
Je suis intéressé pour connaître votre point de vue.
Cordialement.
Et merci pour le lien indiqué ci-dessus, effectivement il est toujours intéressant de connaître le point de vue d’un des principaux acteurs de la rébellion contre gouvernementale soudanaise. Bien sur, l’exercice a ses limites et contient sa part de propagande et de langue de bois, travers inévitable dans ces circonstances.
Sur le fond de mon article, précisons bien, mais vous l’aurez sûrement compris, qu’il ne s’agissait nullement d’un texte polémique mais simplement d’un appel à la raison et d’un modeste rappel des conditions dans lesquels un gouvernement, le nôtre en l’occurrence, doit imaginer l’envoi de troupes à l’extérieures, c'est-à-dire avec prudence et discernement.
Je ne sais rien, pour ma part, des visées de Total dans cette affaire et d’une éventuelle collusion entre les intérêts du pétrolier et ceux des thuriféraires d’une intervention au Soudan. En tout état de cause, du strict point de vue des moyens matériels et des inévitables conséquences politiques qu’une telle initiative ne manquerait d’engendrer, je considère que le scénario selon lequel des troupes françaises pourraient s’engager dans une action de type « vol de ressources énergétiques sous couvert d’action humanitaire » me semble difficilement crédible. Que certains en rêvent et s’agitent dans ce sens, c’est possible mais je ne sais rien de ces intentions.
Maintenant, si vous me demandez si, plus généralement, des intérêts financiers privés peuvent manipuler ou influencer des décideurs politiques au point de les amener à utiliser la puissance militaire (publique par essence) pour satisfaire leurs instincts économiques prédateurs, cela ne fait aucun doute ! L’exemple Irakien est, à ce titre, devenu un cas d’école dont personne n’est dupe et qui a, d’ailleurs, desservi les piètres stratèges qui avaient imaginé pouvoir faire main basse sur un magot pétrolier à moindre frais en engendrant les conséquences catastrophiques que chacun connaît. J’ajouterai qu’il a également mis la puce à l’oreille des militaires (qui sont loin d’être idiots) en les prévenant de cette dangereuse utilisation déviante de l’outil dont ils ont la charge. Ne doutez pas qu’ils sont et seront, en particulier les français qui étudient avec grand soin le conflit irakien, particulièrement vigilants à ne pas se laisser si facilement manipuler.
Cette tendance à un malsain mélange des genres n’est pas nouvelle (voir le magnifique discours d’adieu du président Eisenhower, visionnaire pour l’époque) même si elle a pris aujourd’hui des proportions qui peuvent légitimement inquiéter.
Pour en revenir au Soudan, et à la lumière de tout ceci, je dirais qu’il est possible (mais sans avoir le plus petit début de certitude) que des intérêts pétroliers s’activent en sous-main pour utiliser cette intervention dans un sens par eux souhaité mais qu’il est très improbable que nos forces armées, instruites par le fiasco irakien, se prêtent à ce petit jeu de dupes…
J’aurais tendance à penser que les décideurs militaires sont moins « poreux » à de telles influences que les dirigeants politiques actuels.
Bien cordialement.
Finalement, cela revient encore à dire à nos politique (et nos concitoyens) d'adapter nos moyens à notre volonté politique. Peut-être qu'a force de le rabbacher cela finira par rentrer :)