7 Jul 2006
Lee Jonk-Wook appelle les pays riches à plus recruter de médecins en Afrique. Alors que l'Afrique est confrontée à de sérieux problèmes de santé, l'Organisation Mondiale appelle les pays développés à ne plus recruter d'agents de santé originaires du continent. L'insuffisance du personnel de santé dans les pays pauvres expliquerait en grande partie, selon l'OMS, le fort taux de mortalité sur en Afrique.
Le Nigeria, le Ghana et la Zambie sont parmi les pays les plus affectés par l'exode de la main d'œuvre médicale, tandis que les bénéficiaires en sont principalement, toujours d'après l'OMS, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Canada et l'Australie.
« La population dans les pays occidentaux vieillit et la demande en personnel de santé pour s'occuper des personnes âgées va grandissante. »
En faisant cette déclaration devant des journalistes dans la capitale zambienne où l'OMS a récemment célébré la Journée Mondiale de la Santé, le directeur général de l'Organisme onusien, le Dr Lee Jong-Wook, a ajouté que c'est pourquoi qu'il est temps « d'attirer l'attention sur le fait que l'Afrique est entrain de se vider de ses agents de santé au profit des pays riches. »
Population vieillissante. La population dans les pays occidentaux vieillit et la demande en personnel de santé pour s'occuper des personnes âgées va grandissante et l'Afrique est entrain de se vider de ses agents de santé au profit des pays riches.
Rapport OMS
"Fuite de cerveaux"
Dans le rapport publié par l'OMS à l'occasion de cette journée, l'institution affirme que « 25% des agents de santé africains travaillent dans les pays occidentaux. »
La saignée est telle qu'on ne parle plus seulement de fuite de cerveaux.
Certains responsables de l'OMS estiment carrément qu'il s'agit d'un « véritable pillage des ressources humaines africaines. »
Le Dr Tim Evans, auteur du rapport consacré à ce phénomène a déclaré à la BBC que « les pays riches devraient avoir honte de pratiquer des recrutements qui ne sont pas éthiques. »
Tim Evans, responsable à l'OMS
Recruter des agents de santé dans des pays qui en ont le plus besoin est tout simplement inacceptable
Tim Evans
« Recruter des agents de santé dans des pays qui en ont le plus besoin est tout simplement inacceptable, » soutient le Docteur Evans.
Ce haut responsable de l'OMS pense que « Les pays riches devraient aller recruter en Europe de l'Est, par exemple, où le problème d'insuffisance de personnel de santé ne se pose pas encore. »
Un pays comme la Zambie, d'après les statistiques officielles de cet Etat, n'a que 600 médecins pour une population de 11 millions d'habitants.
Il y a donc dans ce pays un médecin pour quatorze mille personnes, comparativement au Royaume Uni ou l'on compte un médecin pour six cents.
« Nous tournons avec 50% à 60% de nos besoins en personnel, » note le Dr Mwila Kaunda Lembalemba, qui propose sa solution.
« Il faudrait que nos partenaires et le gouvernement mettent plus de moyens dans la formation, et investissent à retenir ceux qui sont déjà dans la profession. »
Ce cadre zambien qui dirige les structures de santé dans le district de Kafue, 45 Km au nord de la capitale Lusaka, poursuit quelque peu amer, « une étude du ministère zambien de la santé a indiqué qu'il y avait seize mille infirmiers zambiens qui travaillent rien qu'au Royaume-Uni. »
Médecine traditionnelle
Devant l'inefficacité notoire des services de santé due en partie à l'insuffisance du personnel de santé, de nombreux zambiens se tournent vers la médecine traditionnelle ; en réalité un mélange de fétichisme et d'exorcisme dont l'efficacité et les résultats restent incertains.
"Docteur" Justin Kumwenda.
En Zambie, des tradipraticiens comme Justin Kumwenda remplissent le vide laissé par les insuffisances de la médecine conventionnelle.
Les tradipraticiens zambiens ont développé de dynamiques politiques de marketing.
Dans le marché Soweto, l'un des plus importants marchés de la capitale zambienne, aucune structure sanitaire formelle n'existe alors que plusieurs guérisseurs traditionnels sont installés en plein cœur de ce marché.
De grands panneaux publicitaires permettent de repérer facilement leurs emplacements et ils se sont tous attribués le titre respectable de 'docteur'.
C'est dans ce marché que j'ai rencontré celui que le président de l'association des tradipraticiens appelle « le spécialiste des maladies mentales ».
Installé dans une des échoppes du marché, le Dr Justin Kumwenda utilise les mêmes procédés que ses confrères : plantes médicinales et 'invocations spirituelles'.
Comme ailleurs en Afrique, le malade mental est considéré comme une personne possédée par un mauvais esprit, par un démon qu'il faut combattre.
Dans un pays où d'après le président de la république, il n'existe pas un seul médecin psychiatre, on imagine la place que prennent les guérisseurs traditionnels.
« Je commence d'abord par réguler le rythme cardiaque du malade et nettoyer son sang avec mes produits traditionnels puis j'engage le combat spirituel,» explique le Dr Kumwenda qui promet une guérison au bout d'un mois.
Le seul centre de prise en charge des malades mentaux, le Chainama Hills College Hospital, ressemble plus à une prison qu'à une véritable institution de prise en charge.
Les malades sont soit enfermés ou abandonnés à eux-mêmes et on peut croiser des fous très sales entrain de se balader dans la cour de cet hôpital.
Le gouvernement zambien semble cependant faire quelques efforts pour changer une situation de pénurie de personnels désastreuse.
Soutenir la formation
En tous cas l'OMS estime que ce pays « doit doubler le nombre de ses agents de santé s'il veut atteindre le seuil de l'acceptable ».
Les autorités, comme le soutient le Dr Lembalemba « ont mis en place des mécanismes pour retenir les agents de santé et forcer la vocation chez ceux qui ne sont pas encore dans le métier. »
Des primes et indemnités diverses sont accordées aux agents de santé et l'Etat a négocié des crédits auprès des banques pour ceux de ces agents qui en expriment le besoin.
Soutenir la formation Soutenir la formation des agents de santé et les salaires dans les pays pauvres pour amoindrir les effets du désastre qu'ils ont crée en recrutant aussi massivement des agents dont ces pays ont un si grand besoin.
Recommandation de l'OMS.
Des efforts en partie rendus possibles grâce à l'annulation par les pays du G8 en Juillet dernier, de quatre milliards de dollars de la dette de la Zambie.
La Zambie est désormais citée en exemple par l'OMS, qui appelle les pays occidentaux à emboiter le pas.
«Soutenir la formation des agents de santé et les salaires dans les pays pauvres pour amoindrir les effets du désastre qu'ils ont crée en recrutant aussi massivement des agents dont ces pays ont un si grand besoin. »
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Said Penda
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