29 Jul 2006
Ellen Johnson Sirleaf Ellen Johnson-Sirleaf, élue présidente au Libéria Ellen Johnson-Sirleaf devient la première femme élue à la présidence d'un pays africain. Elle espère que sa victoire encouragera d'autres femmes à participer à la vie politique aussi bien au Libéria qu'ailleurs sur le continent.
Espoir permis tant les femmes sont de plus en plus présentes dans les sphères du pouvoir en Afrique, comme le souligne Lucy Winter du service Internet de la BBC.
Sarah Jubril, militante nigériane, laisse éclater sa joie: "la victoire d'Ellen Johnson-Sirleaf est un événement historique" estime-t-elle, "et elle servira d'exemple à d'autres pays africains".
De nombreuses sociétés restent encore profondément patriarcales, et n'aiment pas trop voir des femmes sortir du rôle qui leur est imparti traditionnellement.
Elle se souvient d'un rassemblement dans le cadre de la campagne électorale d'une candidate ougandaise à des législatives en 1996.
Un homme dans l'assistance avait demandé: " vous avez déjà entendu une poule chanter 'cocorico', comme un coq" ?
Mais malgré ces obstacles, les femmes ont marqué des points dans plusieurs domaines.
Depuis deux ans, par exemple, le Rwanda est l'un des pays du monde où les femmes sont les mieux représentées au parlement.
De plus, selon un classement établi par l'Union inter-parlementaire, au Mozambique, en Afrique du Sud, et au Burundi, plus de 30 % des députés sont des femmes.
Des pourcentages qu'on peut comparer à ceux de l'Europe: 19 % en moyenne.
Un résultat de la démocratisation
La tendance se constate surtout dans les pays qui sont passés des bouleversements de l'époque post-coloniale à la démocratie multipartite.
Au Burundi et au Rwanda, des nouvelles constitutions prévoient des quotas pour la représentation des groupes ethniques et des femmes.
Certains partis aussi ont un système de quotas garantissant un certain nombre de femmes candidates aux élections: c'est le cas par exemple de l'ANC, au pouvoir en AfFrique du Sud.
Les mesures de "discrimination positive" ne suscitent pas une approbation unanime.
Mais Kulah Balo, exploitante agricole dans un village au Libéria, voit des signes de changement même dans les régions les plus isolées.
Selon elle, "les femmes prennent de plus en plus part aux prises de décisions dans le village.
Autrefois, quand les hommes organisaient des réunions publiques ici, ils disaient aux femmes de rester à l'écart.
Si nous allions aux réunions, ils ne nous donnaient pas la parole".
Alors que maintenant, l'opinion publique voit émerger un nombre croissant de femmes instruites, et les femmes libériennes prennent conscience de leur pouvoir.
"Autrefois, l'homme prenait toutes les décisions" selon Kulah Balo, alors que "maintenant, les époux, mari et femme, prennent les décisions ensemble".
Des pionnières
C'est en menant un combat pour les femmes sur le terrain que la militante écologiste et politique kenyane Wangari s'est fait connaître sur la scène internationale.
Elle a été récompensée l'an dernier par un prix Nobel, pour avoir lutté en faveur de réformes sociales, économiques, et culturelles.
A part leur volonté de fer, Wangari Maathai et Ellen Johnson-Sirleaf ont en commun leur façon féminine de concevoir l'action politique.
La présidente libérienne élue affiche sa volonté de guérir les blessures de la guerre au Libéria en faisant preuve de "sensibilité et d'émotion maternelles".
Au Zimbabwé, par contre, la sensibilité féminine ne semble pas, à première vue, être la principale caractéristique de la vice-présidente Joyce Mujuru.
Son nom de guerre, durant la lutte pour l'indépendance durant les années 70, était "Spill Blood" (traduction approximative: faites couler le sang) l'indique bien.
Les observateurs pensent que le président Robert Mugabé l'a choisie l'an dernier pour être son 'numéro deux" parce que son mari, Simon Mujuru, est un ancien commandant en chef des forces armées et peut encore aujourd'hui garantir leur fidélité.
Reste que, quoiqu'on puisse penser de l'action politique de Joyce Mujuru, on doit noter qu'elle avait suscité un certain respect en 1980.
Cette année-là elle avait repis ses études pour terminer son éducation tout en occupant un poste gouvernemental, en 1980.
L'éducation
Cette arrivée des femmes sur l'avant-scène est, dans une certaine mesure, un renversement de tendance.
Autrefois, quand les femmes exerçaient une influen c'était généralement en coulisses.
Au Rwanda, par exemple, Agathe Kanziga, épouse de l'ancien président Juvenal Habyarimana, et sa famille, tenait pratiquement les rênes du pouvoir jusqsu'en 1994.
Le manque d'éducation reste le principal obstacle. L'instruction des jeunes filles est souvent sacrifiée au profit de celle des garçons.
Au Bénin, par exemple, 47 % des filles vont à l'école primaire et pour les garçons, le pourcentage est de 61%.
Ellen Johnson-Sirleaf, une ancienne économiste de la Banque Mondiale, est aujourd'hui la femme la plus haut placée, la plus puissante, en Afrique.
En deuxième position, sans doute, Ngozi Okonjo-Iweala, la ministre nigériane des finances.
Cette femme combative et énergique mène une véritable guerre contre la corruption, et vient de négocier un allègement de la dette du Nigéria, d'un montant de 18 miilliards de dollars.
Au Mozambique, le premier ministre, Luisa Dias Diogo, est elle aussi une ancienne fonctionnaire de la Banque mondiale.
Tout comme Ellen Johnson-Sirleaf, on la surnomme la "Dame de fer".
Démographiquement majoritaires
Un autre problème pour les femmes militantes politiques est qu'on les élève souvent dès leur jeunesse pour considérer les autres femmes comme des rivales.
Or, en Zambie, le Groupe du Lobby national des femmes (Women's Lobby Group), une coalition qui appuie la candidature d'Edith Nawakwi, avertit que sans unité il n'y aura aucune chance de la voir portée à la présidence aux élections de l'an prochain.
Pour Edith Nawakwi, "c'est la première fois que le mouvement des femmes a clairement indiqué au pays entier qu'il doit prendre au sérieux l'idée d'avoir une femme à la tête de l'Etat".
Et la candidate demande à toutes les femmes de se faire inscrire sur les listes électorales. Edith Nawakwi fait un constat: "nous sommes démographiquement majoritaires".
Peut-être... Mais malgré cela, si elles veulent vraiment pouvoir jouer un rôle significatif, elles ont besoin du respect des hommes, qu'ils soient électeurs ou collègues.
Même les femmes haut placées en politique sont parfois traitées avec très peu de respect, voire pas du tout.
Il y a trois ans, par exemple, Specioza Kazibwe, qui était alors vice-présidente de l'Ouganda, avait révélé qu'elle avait été forcée de quitter son mari après que celui-ci l'a agressée.
La nouvelle avait provoqué un tollé dans ce pays, où ce genre d'incident n'a -hélas- rien d'inhabituel.
Politique et ... cuisine
Au Libéria, ce sont les anciens combattants de la guerre civile qu'Ellen Johnson-Sirleaf va devoir convaincre.
Ils étaient en majorité favorable à son rival à la présidence, l'ancienne vedette de football George Weah.
Les obstacles que les femmes ont à surmonter en politique sont tellement nombreux en Afrique que certaines d'entre elles doivent parfois se sentir condamnées à jouer éternellement un rôle de second plan.
Ces femmes devraient écouter Luisa Dias Diogo, premier ministre du Mozambique, qui selon les observateurs pourrait un jour devenir présidente.
Elle reconnaît les difficultés qui se présentent, mais déclare qu'elle les affronte comme le ferait une femme mozambicaine qui doit préparer un repas pour une famille nombreuse ... souvent sans les ingrédients nécessaires. A VOIR AUSSI L'Afrique du Sud face à ses réfugiés Série France et Esclavage : Le récit de Mamadou Moussa Ba Brown: Un nouveau plan d'aide pour l'Afrique et l'Asie. L'OMS: L'Afrique malade de la fuite de ses médecins. Envoyez le texte à un ami Version imprimable Notre équipe|Fréquences BBC Copyright Logo ^^ Retour en haut de page Page d'accueil | Nos Dossiers | Forum | Météo
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