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Dans la Pauvrete il n'y a pas de Dignite


20 Sep 2006

Dans la pauvreté, il n’y a ni dignité, ni liberté

Les Guinéens sont entrés dans l’histoire des indépendances avec omission et manque de vigilance voire de clairvoyance.

Lorsqu’en 1958, Sékou Touré déclare « Nous préférons la pauvreté dans la dignité à l’opulence dans l’esclavage », aucun Guinéen n’eut le temps de réfléchir et de méditer sur le choix qui s’opérait. L’enthousiasme l’emporta sur la raison. Et la conscience collective, stimulée par un nationalisme peu ordinaire, fit un chèque en blanc au tyran qui enferma toute la Guinée dans sa tour dictatoriale : le système révolutionnaire. Les Guinéens furent formatés par une fierté imbécile qui les rendit sourds et aveugles devant le système dépersonnalisant qui hypothéquera leur devenir et détruira leur vie.
Seul Sékou Touré comprenait le sens de cette phrase lequel échappa aux Guinéens. Il savait que dans la pauvreté, l’être humain perd l’humanité en lui pour se transformer en une bête sauvage, féroce et cruelle pour son prochain.

Sékou Touré savait que la vraie liberté est acquise lorsque l’Homme est débarrassé du souci permanent de satisfaction des besoins primaires et élémentaires (se nourrir correctement, se soigner, se vêtir, s’instruire, se loger, travailler et vivre dans la sécurité, etc.…) Il savait que si les Guinéens accèdent à ce minimum, son pouvoir ne connaîtrait pas la longévité qui fut la sienne.
Alors il usa du traumatisme collectif infligé, par les colons, aux Guinéens pour leur voler l’orientation de l’histoire nationale. Il réussit, par cet hold up, à s’emparer du destin national et confisqua le bénéfice réel de l’indépendance.

Dès lors, la Guinée fut prisonnière d’une idéologie totalitaire et sanguinaire dont les conséquences perdurent encore. Elle devint pauvre pendant qu’elle recèle d’énormes potentialités à la fois humaine et naturelle (scandale géologique !). Ses dignes filles et fils furent très tôt assassinés et les médiocres les relayèrent. Le règne des médiocres se fit l’Etat et la République devint loufoque, bananière, mais très meurtrière et assassine.
Ainsi notre pays dégénère-t-il lentement sous le poids de plusieurs fléaux dont les principaux auteurs s’appellent aujourd’hui :
- Lansana Conté et son clan militaro-affairiste,
- les prédateurs : Kassory Fofana, Facinet Fofana et leurs sbires
- les truands : Mamadou Sylla du patronat guinéen, Guido Santullo et leurs complices,
- les fossoyeurs de l’économie nationale : Habib Bah, le cambiste, Fodé Bangoura, Cellou Dalein Diallo, Bruno Bangoura
- - les ennemis de la République : Babacar N’diaye, Kerfalla Camara, Arafan Camara, Henry Toffany, Hervé Vincent Bangoura, Abdourahamane Diallo, El Hadji Sékouna Soumah, El Hadji Momo Bangoura du résiduel PDG, Sidimé Lamine, le plus minable des premiers ministres et les rejetons qui ont animé la galerie pendant un temps : Alsény René Gomez, Goureissy Condé, Moussa Solano, Moussa Sampil et maintenant Ousmane Camara.
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Dans leur sillage, et puisque dans « l’ensemble P (de pauvreté), l’élément d ( de dignité) n’existe pas », les serviteurs de la République sont devenus de viles créatures, sans âme humaine. Ce sont des êtres hybrides : monstres dans les services lorsqu’ils recouvrent la forme humaine dans leur famille.
Chaque département qui ossature la nation est vidée de sa mission. La vertu républicaine, c’est-à-dire servir et protéger le citoyen, est chose rarissime dans l’inexistante administration.
Parlons de l’hôpital en Guinée.

Lorsque je rentre en fin juin 2005 dans notre pays, je trouve un climat délétère. Par malheur, mon neveu est tombé malade. Je le transporte à Ignace Deen. J’y découvre l’horreur et la cruauté. Je vis l’inhumanité suintée des murs de cet hôpital. Je compris que le serment d’Hippocrate est un vain mot qui n’a nulle part sa place dans le cœur des agents de santé de Guinée (du petit aide soignant au Professeur de médecine). Ici, tout se marchande, tout soin est une marchandise qu’il faut vendre plus chère et au plus offrant. Si tu n’as rien, ne va pas dans les hôpitaux guinéens. Personne ne te soignera !

J’ai entendu dire qu’une femme était décédée, sous le nez et la barbe d’une équipe médicale en service, pour n’avoir pas payé la somme qui lui était exigée avant de recevoir les soins. Elle n’avait rien sinon que ses pleurs, son appel à la clémence et au coeur. Personne ne daigna l’écouter. Elle expira ! Une autre femme eut la vie sauve grâce à son mari qui fit le fou en menaçant de son fusil les membres de l’équipe médicale.

Nos médecins aux pratiques médicales surannées, vautrant dans l’ignorance, sont devenus des assassins. L’opération chirurgicale, parce que chèrement payée par les pauvres patients, est monnaie courante. Les diagnostics des maladies se font en fonction de la nature de médicaments que détiennent, pour la vente, le médecin et son équipe. La plupart sont propriétaires de cliniques, cabinets de soins et autres officines, des sortes de mouroirs parce que tous n’ont pas la compétence et la qualification requises. Ils ne se soucient pas de la souffrance, ni de la guérison du malade. C’est l’argent qui justifie leur intervention. L’homme n’est plus rien, sans argent. Ne tombez pas malade en Guinée !

Mon neveu était dans une salle dont 60% des patients étaient atteints du VIH. Toutes les minutes un ou deux mouraient. Ces personnes, en fin de vie, rapportent gros aux soignants, car elles ne peuvent guérir. De ce fait, des ordonnances kilométriques sont délivrées, même si les médicaments prescrits n’ont aucun rapport avec la maladie. Ils serviront à approvisionner les pharmacies occultes. Ce sont ces produits qui sont revendus à d’autres patients qui, eux, apporteront d’autres quantités au stock. Les vestiaires des hôpitaux sont devenus des pharmacies cachées.
A la morgue, les croques morts ne sont pas du reste. Ils lavent les corps à 30 000FG voire plus, mais les parents du défunt apportent tout le nécessaire (parfum, linceul, savon …), qui n’est pas souvent utilisé aux fins pour lesquelles ça a été fourni.

Chacun a initié sa stratégie pour extorquer de l’argent, autant que faire se peut, aux patients et à leurs parents. Ils entassent dans le tiroir réservé à un seul corps, trois à quatre cadavres. Tout cela a un prix sinon le corps est laissé à l’air libre. La chambre froide ne fonctionnant pas souvent, le petit coin réfrigéré coûte très, très cher.

Le légiste ? Je l’ai vu rayonnant de joie devant le corps inerte d’un défunt venant de l’étranger. Il doit nécessairement et obligatoirement pratiquer sur lui une autopsie. L’acte est payé selon le pays de provenance.

Au cimetière, la honteuse pratique continue. Négocier la place de la tombe, une autre filière d’enrichissement. L’âme des morts enterrés dans un cercueil ne repose pas en paix. Son cercueil est source de revenu. Nuitamment, il y a des vautours et charognards humains qui viennent, en complicité avec le gardien du cimetière, rouvrir la tombe et vider le cercueil de son contenu. Il sera vendu à prix d’or. Le corps est parfois sujet à des amputations de certains organes sur commande des dignitaires ou des gros commerçants pour en faire des fétiches.
Notre Guinée est une jungle dans laquelle la dignité a perdu les traces. Elle dégénère !

La pauvreté bestialise l’être humain, le dépersonnalise et le dégrade. Elle cultive le mensonge et le vol ainsi que le viol. Elle entretient le crime, sème la haine et divise tout en opposant les groupes sociaux constitutifs de la nation. Au pays de la pauvreté, tout est perversion, il n’y a pas de liberté, ni de dignité encore moins de personnalité. Elle fertilise l’injustice sociale, dénature les rapports humains qui obéissent aux intérêts. L’homme devient un loup pour son prochain. La pauvreté est un vice qui draine de nombreuses tares avilissant le citoyen lequel se replie parfois sur son ethnie. Elle a pour corollaire la drogue, la prostitution, la dépravation des mœurs, le trafic d’influence et le grand banditisme, la mendicité et l’irresponsabilité.

La seule façon d’éradiquer ces fléaux chez nous ; c’est de chasser Lansana Conté et tout son système. Comme il est devenu amnésique, débile et sénile, il est temps de le déposer.
Lansana Conté est l’initiateur et l’organisateur de ces maux. Il trempe dans toutes les activités mercantiles en Guinée. Associé de Guido Santullo, des Grands moulins de Guinée, il est dans la vente d’armes, des matériaux de construction, des produits pétroliers, du poisson, du riz… etc. La liste est longue pour être citée. Il aurait pu vendre même le charbon si le marché était juteux.

Malheureusement, en son image, beaucoup de Guinéens, réputés riches, se sont faits. Les populations les subissent. Elles sont méprisées, intimidées, volées, violées, humiliées, assassinées et abandonnées à leur triste sort. Elles vivent dans la résignation maladive. Les chefs de famille sont dessaisis, par la force des choses, de l’autorité parentale.
La Guinée ne doit plus être ce paysage nauséabond !

Guinéens, refusons de continuer à plier l’échine,
Levons-nous et redressons-nous dans un sursaut national et unitaire afin de libérer la patrie !

Jacques KOUROUMA, Paris, France

JACQUES KOUROUMA