7 Jan 2007
Enfin des conclusions consensuelles du dialogue politique - Des acquis importants pour l’opposition
A l’issue de quatre mois de négociations et de débats entre l’opposition et l’administration, le dialogue sur le cadre électoral a pris finalement fin. La cérémonie de remise solennelle par les partis politiques des documents consensuels issus de ce dialogue ont eu lieu le 5 décembre dernier au Palais du peuple.
Cette cérémonie présidée par le président du comité ministériel, ministre d’Etat chargé de l’administration du territoire et de la décentralisation a connu la présence des leaders des partis politiques (opposition et mouvance), les représentants de la société civile, les représentants des institutions nationale et internationales et les diplomates accrédités en Guinée.
En effet, c’est en 2003, qu’un mémorandum signé par 33 partis politiques a servi de base pour la relance du dialogue politique. Un document qui portait essentiellement sur des questions relatives aux élections, la consolidation de l’unité nationale ainsi que l’état de droit, qui passe nécessairement par un dialogue franc et transparent. Ainsi, dans un premier temps, le dialogue a été sanctionné par un rapport dont les conclusions portaient entre autres sur l’institution par voie légale d’une Commission nationale électorale ainsi que l’amnistie, le libre exercice des activités politiques, l’accès égal aux médias publics, la libéralisation des ondes, l’usage du bulletin unique et l’urne transparente. C’est alors qu’il a été mis en place un comité ad hoc qui a élaboré trois avant projets de loi portant sur : le statut de l’opposition, les modalités de financement des partis politiques et l’organe de contrôle et de supervision des élections. Face au refus de l’opposition de prendre part aux travaux de ce comité à cause, dit-elle, du refus par l’administration de prendre en compte ses préoccupations, de nouvelles démarches ont été entamées par l’administration et ces démarches ont permis de mieux structurer le dialogue. Sur la demande de l’opposition, il a ainsi été mise en place une commission paritaire le 23 août 2006 comprenant 12 représentants de chaque camp (opposition et mouvance). Le comité paritaire a donc travaillé pendant trois mois sur les avant projets de loi portant sur : le statut des partis politiques de l’opposition, les modalités de financement public des activités des partis politiques, l’institution d’une Commission électorale nationale et la modification du code électoral.
Des acquis pour l’opposition
Selon certains membres de la commission paritaire, l’opposition a désormais des acquis importants qui pourraient être bénéfique si, toutefois, l’application effective de ces documents s’en suivait. Selon le document, après des concessions faites par l’administration, l’opposition devrait avoir désormais : un statut, un financement en temps ordinaire et en période électorale. On devrait assister à également à une cogestion du processus électoral contrairement aux précédentes élections. Autre acquis important, l’opposition a réussi a obtenir la création prochaine de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) tant réclamée. Cela, contrairement aux années précédentes où l’administration avait, seule, la charge de contrôler et de superviser les élections. On parle aussi de la nomination conjointe des membres des commissions administratives de recensement et de centralisation des votes ; la supervision des commissions administratives de révision des listes électorales ; la vérification et la validation de la liste et de l’emplacement des bureaux de vote ; le visa de la CENI sur les dossiers de candidature ; la vérification de la conformité du matériel électoral ; la prise en charge financière des représentants des partis politiques dans les commissions administratives ; la présence des représentants des partis politiques dans les bureaux de vote en qualité d’assesseurs. Pour la consolidation de ces acquis, il est question de la mise ne place dans un bref délai de la Commission Electorale Nationale Indépendante.
Toutes choses qui prouvent la volonté des responsables politiques et administratifs d’œuvrer pour la consolidation de la démocratie et l’Etat de droit dans le pays. « Comme nous le constatons, notre pays se structure, s’organise et marche vers la démocratie et voulait accélérer son propre processus démocratique à son rythme avec des hommes et des femmes décidés à l’assimiler et de l’approprier progressivement et avantageusement et de façon responsable », a déclaré le ministre d’administration du territoire. Ce présent dialogue s’inscrit dans cette démarche, dira-t-il. Moussa Solano a, à cet effet, salué l’esprit d’ouverture et de patriotisme des partis politiques toutes sensibilités confondues lors des travaux. Il a également remercié les partenaires au développement pour leur appui et leur disponibilité. Le ministre de l’administration du territoire a en outre donner l’assurance de l’engagement du gouvernement à introduire auprès du parlement les contenus des documents consensuels issus du dialogue dans les meilleurs délais pour leur éventuelle ratification.
Les élections législatives se profilent à l’horizon, c’est pourquoi M. Solano a indiqué que les résultats du dialogue sur le processus électoral préfigure leur détermination à tout mettre en ouvre pour organiser des élections libres, transparentes, crédibles et acceptables par tous. « Ce qui ouvre une nouvelle page de l’histoire politique et sociale de notre pays et augure de lendemains meilleurs pour les populations guinéennes », a conclut Moussa Solano.
Guilana Fidel Momou Sidya Touré, président de l’UFR, porte parole de l’opposition: « l’opposition sera vigilante dans l’application effective de ces lois. »
Prenant la parole au nom de l’opposition, Sidya Touré c’est adressé au comité ministériel en ces termes :
« Il me revient de prendre la parole au nom de l’ensemble des partis politiques de l’opposition qui ont participé aux dernières discussions relatives à l’amélioration du processus électoral en Guinée.
Pour mieux situer l’évènement d’aujourd’hui dans son contexte réel, je me dois tout d’abord de rappeler quelques faits saillants qui ont marqué les différents dialogues amorcés et interrompus à l’approche de chaque consultation électorale dans notre pays des années.
C’est ainsi qu’après les élections communales de 2000, le dialogue engagé avec la participation des partenaires au développement fut interrompu très tôt à cause du refus du gouvernement de garantir la non implication des forces de l’ordre dans le processus électoral.
La reprise en 2002 des discussions, après le fameux Référendum de 2001 n’a pas connu le succès escompté, la principale revendication de l’opposition notamment la mise en place d’une CENI n’ayant pas été acceptée. Les principaux partis se sont donc retirés du dialogue et ont renoncé à participer aux législatives de 2002.C’est alors que compte tenu de la situation politique délétère et de l’approche de l’élection présidentielle de décembre 2003, l’Ambassade du Canada a initié, en accord avec les partis politiques et le Ministère de l’Administration du Territoire un voyage d’étude des processus électoraux en Sierra Leone et au Mali.
A l’issue de cette mission, une plate-forme de relance de la concertation a été signée à Bamako le 25 mai 2003 par 7 partis politiques et le Ministère de l’Administration du Territoire.
A la suite de la signature de la plate-forme de Bamako, 33 partis politiques dont le PUP ont signé un Mémorandum le 15 septembre 2003 qui définissait pour la première fois un accord sur les thèmes du dialogues.
Ignorant ce Mémorandum, le gouvernement a fixé unilatéralement la date des présidentielles au 21 décembre 2003. Cette décision unilatérale va entraîner le boycott de ces élections par toute l’opposition.
Aucune évolution positive ne sera enregistrée au cours de l’année 2004.
C’est dans ce difficile contexte que le Gouvernement a dépêché une mission à Bruxelles pour déposer un Mémorandum auprès de l’Union européenne. Dans la même logique, les élections communales et communautaires ont été organisées le 18 décembre 2005. Ces élections, il faut l’avouer, ont été les plus calamiteuses jamais organisées en Guinée.
Le constat est le suivant : plus les élections ont été bâclées durant ces années, plus la gouvernance politique et socio-économique a reculé, entraînant notre pays dans la plus grave crise qu’il n’a jamais connue. A titre d’exemple, je citerai la situation dramatique de l’isolement plusieurs mois durant de la Guinée Forestière du reste du territoire national.
C’est dans le souci évident d’éviter cet état de chose qui nous vaut aujourd’hui d’être classé à la tête des pays les plus corrompus d’Afrique, que l’opposition politique a jugé nécessaire d’ouvrir de nouvelles discussions avec le Gouvernement.
Au terme de trois mois de discussions portant sur la modification du Code électoral, la création d’une CENI, le statu de l’Opposition, le financement public des partis politiques, l’opposition et le gouvernement sont parvenus à des textes consensuels qui permettront, nous l’espérons, l’organiser des élections crédibles et transparentes dont les résultats pourraient être acceptés par tous si chacun se conforme à ses attributions et prérogatives, en jouant son rôle avec responsabilité et honnêteté.
Au stade actuel, nous devons en tout cas apprécier les avancées importantes obtenues à travers les documents qui doivent être soumis à l’Assemblée nationale pour adoption en l’état, d’autant plus que tous les législateurs émanent de partis politiques signataires de ces projets.
Il restera à utiliser les moyens appropriés de communication pour informer correctement les citoyens du contenu de ces nouveaux textes, en facilitant l’accès aux médias publics.
Dans tous ces cas, l’opposition quant à elle sera vigilante dans l’application effective de ces lois.
Nous l’avons dit ici et ailleurs, nous le répétons, le problème de la Guinée ne se limite pas aux seules questions électorales. Ils sont aussi et surtout d’ordre politique, économique social et culturel.
La recherche de solutions appropriées aux nombreuses difficultés que nos populations endurent aujourd’hui, nous commande de nous atteler de toute urgence à la tâche.
C’est pourquoi nous disons qu’il faut engager un véritable dialogue pour que dans un esprit franc et patriotique, les Guinéens toutes sensibilités confondues, aient le courage de s’asseoir autour d’une table pour envisager notre avenir commun.
C’est précisément dans ce cadre qu’en mars 2006, les Forces vives de la nation se sont retrouvées en concertation du 17 au 20 au palais du peuple. Malheureusement, cette concertation a été mal interprétée et mal comprise par certains.
Ce pays a aujourd’hui de grandes préoccupations qu peuvent paraître primaires, certes : l’eau, l’électricité, la nourriture, le travail, les communications et j’en passe. Mais, que serait la politique si elle ne permettait pas de résoudre ces questions essentielles ? L’opposition reste une alternative à cette situation, et notre conviction est que si les Guinéens se concertent pour parler de leurs problèmes, ils trouveront des solutions conformes aux intérêts de leur pays et dans ce cadre, l’opposition a des propositions constructives à formuler.
Nous n’en voulons pour preuve que le cas de la libéralisation des ondes réclamée depuis des années et obtenue enfin, libéralisation que d’aucuns ont diabolisée et qui aujourd’hui, devenue effective, n’a provoqué aucune catastrophe, en tout cas le ciel ne nous est pas tombé sur la tête.
La cérémonie à laquelle nous assistons aujourd’hui, fruit d’une discussion structurée est une grande première dont le mérite revient aux leaders des partis politiques, au Ministre de l’Administration du Territoire et à ses cadres qui se sont tous engagées dans ce processus.
Sachons saisir cette nouvelle opportunité pour donner une nouvelle espérance à nos populations martyrs, en commençant à préparer dès maintenant la Guinée de demain. Mais demain, c’est déjà aujourd’hui.
Je vous remercie »
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Sydia Toure
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